Neuf questions à... Maxime Girardeau
À l'occasion du prix Bête Noire des Libraires 2026 pour son dernier roman intitulé Mourir deux fois, Maxime Girardeau a accepté de répondre à une petite série de questions autour de son roman.
1. Si vous deviez résumer Mourir deux fois sans trop rentrer dans l’intrigue, qu’est-ce qu’il raconte profondément ?
2. Pourquoi avoir choisi le thriller psychologique plutôt que la science-fiction pour parler de ce sujet ?
La science-fiction met de la distance. Elle projette le problème dans un monde lointain, et le lecteur respire. Je voulais l'inverse, que ça se passe dans une tête, entre un père et sa fille. Le thriller psychologique colle à la peau. C'est inconfortable, et c'est exactement là que je voulais tenir le lecteur.
3. À quel moment vous vous êtes dit : “Ok, là j’ai mon prochain roman” ?
Quand m'est venue l'idée qu'on pouvait poser une seule question à un mort, et aussi le perdre définitivement. À cet instant le sujet est devenu physique, c'était une scène avec un enjeu, une peur, une main qui tremble. Le reste a suivi.
4. Dans Mourir deux fois, on a le sentiment que la mort physique n’est plus vraiment la fin. Est-ce que, selon vous, on peut encore vraiment “disparaître” aujourd’hui à l’ère des traces numériques ?
Honnêtement, presque plus. On laisse derrière nous des messages, des voix, des visages, des habitudes que les machines savent reconstituer. C'est mon métier de jour, je le vois tous les jours. Ce qui m'intéresse dans le roman, c'est de retourner la question : cette permanence, est-ce une consolation ou une prison ? On croit garder les gens. On finit par les empêcher de mourir, donc de nous laisser vivre.
5. Mourir deux fois est un roman assez complexe : est-ce que cette complexité est une force assumée… ou un risque que vous acceptez ?
Les deux ! L'architecture est complexe, je ne m'en cache pas. Mais j'ai appris une chose avec le temps : si l'émotion n'est pas simple, le lecteur décroche. Donc je travaille à rendre la mécanique sophistiquée et le cœur lisible. Le risque, c'est de perdre des lecteurs en route. Le pari, c'est qu'arrivés au bout, ils sentent que chaque détour servait à quelque chose.
6. Est-ce que vous avez déjà eu un doute en écrivant en vous disant “une IA pourrait faire la même chose” ?
La captation des morts, les voix qu'on reconstitue, la conscience qu'on croit garder dans un appareil, une partie est déjà sur le marché. On clone des voix avec quelques secondes d'enregistrement, on entraîne des modèles sur les messages d'un défunt pour « continuer à lui parler ». Le roman court derrière le réel en réalité. Ce qui me trouble le plus, ce n'est pas la technique, c'est qu'on l'accueille comme un réconfort sans se demander ce qu'elle nous prend en échange.
7. Est-ce que vous êtes un auteur qui contrôle tout... ou quelqu’un qui accepte de perdre le contrôle en écrivant ?
Non pas vraiment. Je démarre toujours avec une vision claire de ma fin et du parcours de mes héros, ainsi que de la thématique et sous-texte du roman. En revanche, je n'ai jamais de plan parfaitement détaillé sur l'enchainement précis de l'histoire. Je me laisse porter par l'écriture jour après jour.
8. Qu’est-ce qui est le plus difficile dans un thriller aujourd’hui : surprendre le lecteur ou rester crédible ?
Rester crédible, sans hésitation. Surprendre, c'est presque devenu un truc de mécanique, le lecteur en a vu des centaines. La crédibilité, elle, se gagne ligne à ligne. Un lecteur moderne est informé, méfiant, il sent tout de suite quand l'auteur triche pour arranger son intrigue. La vraie difficulté, c'est de le surprendre sans qu'il ait l'impression d'avoir été manipulé.
9. Après Mourir deux fois, qu’est-ce qu’il vous reste encore envie de creuser ou de déconstruire dans le thriller ?
Oh tellement de choses ! Les sujets ne manquent pas. Nous vivons une période de transformation profonde de la société par la technologie, c'est un terreau particulièrement fertile et j'ai le sentiment d'avoir encore beaucoup à explorer.
C'est un roman sur le deuil pris à l'envers. D'habitude on souffre parce que les morts s'en vont. Ici ils restent, accessibles, presque joignables. Bianca doit comprendre qu'aimer quelqu'un, c'est peut-être accepter de le laisser partir une deuxième fois. Sous la traque, il y a une question très simple : à quel moment se souvenir devient une façon d'empêcher de vivre.
2. Pourquoi avoir choisi le thriller psychologique plutôt que la science-fiction pour parler de ce sujet ?
La science-fiction met de la distance. Elle projette le problème dans un monde lointain, et le lecteur respire. Je voulais l'inverse, que ça se passe dans une tête, entre un père et sa fille. Le thriller psychologique colle à la peau. C'est inconfortable, et c'est exactement là que je voulais tenir le lecteur.
3. À quel moment vous vous êtes dit : “Ok, là j’ai mon prochain roman” ?
Quand m'est venue l'idée qu'on pouvait poser une seule question à un mort, et aussi le perdre définitivement. À cet instant le sujet est devenu physique, c'était une scène avec un enjeu, une peur, une main qui tremble. Le reste a suivi.
4. Dans Mourir deux fois, on a le sentiment que la mort physique n’est plus vraiment la fin. Est-ce que, selon vous, on peut encore vraiment “disparaître” aujourd’hui à l’ère des traces numériques ?
Honnêtement, presque plus. On laisse derrière nous des messages, des voix, des visages, des habitudes que les machines savent reconstituer. C'est mon métier de jour, je le vois tous les jours. Ce qui m'intéresse dans le roman, c'est de retourner la question : cette permanence, est-ce une consolation ou une prison ? On croit garder les gens. On finit par les empêcher de mourir, donc de nous laisser vivre.
5. Mourir deux fois est un roman assez complexe : est-ce que cette complexité est une force assumée… ou un risque que vous acceptez ?
Les deux ! L'architecture est complexe, je ne m'en cache pas. Mais j'ai appris une chose avec le temps : si l'émotion n'est pas simple, le lecteur décroche. Donc je travaille à rendre la mécanique sophistiquée et le cœur lisible. Le risque, c'est de perdre des lecteurs en route. Le pari, c'est qu'arrivés au bout, ils sentent que chaque détour servait à quelque chose.
6. Est-ce que vous avez déjà eu un doute en écrivant en vous disant “une IA pourrait faire la même chose” ?
La captation des morts, les voix qu'on reconstitue, la conscience qu'on croit garder dans un appareil, une partie est déjà sur le marché. On clone des voix avec quelques secondes d'enregistrement, on entraîne des modèles sur les messages d'un défunt pour « continuer à lui parler ». Le roman court derrière le réel en réalité. Ce qui me trouble le plus, ce n'est pas la technique, c'est qu'on l'accueille comme un réconfort sans se demander ce qu'elle nous prend en échange.
7. Est-ce que vous êtes un auteur qui contrôle tout... ou quelqu’un qui accepte de perdre le contrôle en écrivant ?
Non pas vraiment. Je démarre toujours avec une vision claire de ma fin et du parcours de mes héros, ainsi que de la thématique et sous-texte du roman. En revanche, je n'ai jamais de plan parfaitement détaillé sur l'enchainement précis de l'histoire. Je me laisse porter par l'écriture jour après jour.
8. Qu’est-ce qui est le plus difficile dans un thriller aujourd’hui : surprendre le lecteur ou rester crédible ?
Rester crédible, sans hésitation. Surprendre, c'est presque devenu un truc de mécanique, le lecteur en a vu des centaines. La crédibilité, elle, se gagne ligne à ligne. Un lecteur moderne est informé, méfiant, il sent tout de suite quand l'auteur triche pour arranger son intrigue. La vraie difficulté, c'est de le surprendre sans qu'il ait l'impression d'avoir été manipulé.
9. Après Mourir deux fois, qu’est-ce qu’il vous reste encore envie de creuser ou de déconstruire dans le thriller ?
Oh tellement de choses ! Les sujets ne manquent pas. Nous vivons une période de transformation profonde de la société par la technologie, c'est un terreau particulièrement fertile et j'ai le sentiment d'avoir encore beaucoup à explorer.
Le livre en question
Paris, juin 2026 - 14h17
Un homme meurt chez lui, asphyxié, son corps martyrisé, une horloge tailladée dans sa chair. Sur son torse, un smartphone s'allume et affiche un sablier accompagné d'un message : "Vous n'avez droit qu'à une question." À l'intérieur se trouve capturée toute sa mémoire. La bonne question permettra de déverrouiller l'appareil, toute autre proposition provoquera un effacement total des données, une seconde mort. Paul Moreau est la cinquième victime ayant subi cette sordide mise en scène de son agonie, ce piège numérique.
Lorsque Bianca découvre son père, elle décide de s'enfuir avec le téléphone avant que la police n'arrive. Elle doit absolument trouver la bonne question, et préserver ce qu'il reste de la vie de son père. Le compte à rebours a commencé.
Dans un Paris au bord de la rupture, les policiers, les scientifiques et la jeune fille vont s'affronter pour résoudre l'énigme posée par ce mystérieux serial killer que la presse a déjà surnommé le "Sablier noir".
.png)




0 Commentaires